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Lettre ouverte à l’opposition (Hayastan Dashinq)

2022 October 17

Nous, collectif Djaragayt, avons exprimé notre solidarité avec le mouvement « Zartir Lao » dans une déclaration publique dénonçant la politique étrangère de Nikol Pashinyan ainsi que ses soutiens Contre le « programme  de paix » du gouvernement Pashinyan au cours de la période des manifestations organisées par l’opposition au début de l’été 2022. Nous avons espéré, comme tous.tes celles et ceux qui ont participé à ces manifestations, que ce mouvement allait déboucher sur un changement de gouvernement qui mettrait fin à la trahison du parti « Qaghaqaciakan Paymanagir ». Nous avons espéré que ce changement rééquilibrerait un minimum le rapport de force avec le camp ennemi afin de limiter les dégâts causés par le pouvoir actuel, qu’il ramènerait (au moins en partie) l’Artsakh sous protection arménienne et restaurerait la sécurité de l’Arménie.

Vous, représentants politiques de l’opposition, n’avez-vous-mêmes cessé de clamer depuis la fin de la guerre des 44 jours, que le pouvoir actuel ne devait pas gouverner un jour de plus, faute de quoi la situation de l’Artsakh et de l’Arménie empirerait. Si au sortir de la guerre le choc collectif était encore tel qu’il fallait reprendre nos esprits pour contre-attaquer l’ennemi intérieur, nous n’avons, à l’heure qu’il est, plus aucune excuse pour exclure quelque moyen que ce soit de mettre hors jeu le danger fatal que constitue cet ennemi. Or, c’est vous qui disposez aujourd’hui des principales ressources politiques pour contrecarrer le pouvoir actuel et c’est encore vous qui avez la capacité à inverser la voie diplomatique et stratégique empruntée par ce pouvoir. Les élections auxquelles vous avez décidé de participer n’ont pas eu le résultat nécessaire pour procéder à ce renversement. Cet échec vous a sûrement conduit à organiser les mouvements de rue sur lesquels nous avions fondé beaucoup d’espoir. Mais nous ne comprenons pas comment ce mouvement a pu disparaître. Il est inconcevable que tant d’efforts n’aboutissent à aucun résultat concret. Cette indétermination et le néant politique devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui ne font que détruire le moral de la population déjà à bout et exacerbe ainsi les effets de la guerre psychologique que mène l’ennemi à notre encontre. C’est pourquoi le nombre de citoyens qui a décidé de placer leur espoir en vous après la guerre des 44 jours a déjà sûrement bien diminué. Le mercredi 14 septembre au soir, en réponse à la décision de Nikol Pashinyan de signer un document reconnaissant l’« intégrité territoriale » de l’Azerbaïdjan, une manifestation populaire s’est spontanément organisée devant l’Assemblée Nationale. Personne n’a le monopole de la vérité en politique, mais cette insurrection était plus que légitime, elle était saine, et elle aurait pu occasionner le départ de Nikol Pashinyan et de son équipe. Or, pour des raisons qui dépassant l’entendement, vous avez décidé de recourir à des procédures juridiques complexes en complet décalage avec ce qu’exigeait cet instant politique. Cela a eu pour conséquence de ruiner encore une fois le potentiel fécond de cette insurrection populaire, alors que les masses populaires et travailleuses ne disposent pas d’un temps quotidien suffisant pour organiser à elles seules une révolte générale. Cette erreur va vous coûter cher. Pire encore, vous avez décidé d’organiser une rencontre avec le Katolikos Gareguin II incluant l’ex-président de la République Levon Ter-Petrossian alors que les positions politiques de ce dernier concernant la sécurité de l’Arménie et de l’Artsakh ne se distinguent en rien de celles de Nikol Pashinyan. Ils font tous les deux parties de la mouvance antinationale que nous devons combattre !

Aujourd’hui, face à la démission de facto du gouvernement au regard des intérêts et de la sécurité de notre nation, vous avez la responsabilité d’écouter le peuple et d’organiser sa volonté en dehors de tout intérêt partisan. Vous ne pouvez pas laisser tomber le peuple, sinon c’est le peuple qui vous laissera définitvement tomber.

Nous Djaragayt, sommes une petite organisation qui n’a aucun poids significatif dans le champ de l’action politique. Par conséquent, nous n’avons aucun motif particulier à vous adresser cette lettre ouverte si ce n’est l’inquiétude profonde qui nous saisit pour l’avenir de notre peuple et notre pays.

Collectif